Conférence inaugurale

Traite négrière et esclavage colonial : histoire de la mémoire (Des années 1980 à aujourd’hui)

 La mémoire de l’esclavage et de la traite négrière fut longtemps quasi absente de la mémoire française, effacée par la seconde colonisation qui mettait ostensiblement l’accent sur son combat contre l’esclavage pratiqué par les sociétés africaines encore à la fin du 19e siècle.

Le vaste mouvement des indépendances dans les années 1960, ainsi que l’affirmation de cultures et d’identités propres dans les « vieilles colonies », érigées en départements en 1946, modifièrent progressivement les regards sur cette dimension essentielle de la première colonisation, des 17e-début 19e siècles.

La conférence proposée, dans le cadre d’un colloque consacré à l’histoire et la mémoire de l’esclavage, veut retracer les étapes et les mutations de ce « retour de mémoire » sur un sujet longtemps tabou, voire occulté. Du bicentenaire de la Révolution française, à la loi dite  « Taubira » de mai 2001, avec pour étape clé l’année 1998 marquée par les célébrations du décret du 27 avril 1848,  le long cheminement de la   « mémoire » de l‘esclavage colonial sera esquissé ; sans omettre de souligner les mutations dans les programmes scolaires, le regard porté par une partie croissante des medias, les monuments et mémoriaux érigés par des collectivités locales -dans les outremers et en France métropolitaine-  mais également à Paris par la République elle-même. Les échecs de certains projets ne manqueront pas d’être rappelés en ce qu’ils sont révélateurs des « limites » implicitement  posées pour l’évocation publique d’une mémoire encore en partie émergente et dont l’évocation est encore loin de réunir un large consensus national, comme l’ont illustrées les controverses autour de « l’abus de mémoire », controverses qui avaient été à l’origine d’un vaste débat organisé sous l’égide de Bernard Accoyer, alors président de l’Assemblée nationale.

Marcel Dorigny

Professeur en histoire, Université Paris 8