Panel 2

Héritages et recompositions

Deux poètes esclaves et la mémoire de l’esclavage dans la littérature de cordel au Brésil.

Les récits d’esclaves au Brésil sont rares et fragmentés, mais quelques témoignages ont pu être préservés, et parfois même par des moyens autres que l’écriture. C’est le cas au Sertão, région pauvre et reculée du Nordeste du Brésil, où la littérature de tradition orale – le « cordel » – a permis la préservation de poèmes traitants le quotidien d’une société esclavagiste. Parmi les plus célèbres poètes du Sertão figurent deux esclaves qui ont vécu au XIXe siècle et qui ont laissé des rimes qui portent aussi bien sur l’expérience même d’être esclave, que le regard porté par la société sur celle-ci. Dans la littérature de cordel, tradition orale toujours vivante dans la culture du Nordeste, les vers de ces deux esclaves sont, aujourd’hui encore, répétés, repris et réinventés par les nouvelles générations de poètes populaires.

 L’objectif de cette présentation est de s’intéresser à la mémoire de ces deux poètes esclaves, à la production laissée par eux et à la façon dont la littérature de « cordel » se tourne aujourd’hui vers les questions concernant l’histoire et la mémoire de l’esclavage dans la région.

Emanuele Maupeou

Maîtresse de conférence, Université de  Rouen

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Le patrimoine culturel, le commerce et les habitations d’esclaves à Penedo.

La ville de Penedo, au sud de l’Etat de l’Alagoas, sur les berges du fleuve São Francisco, a été classée en 1996 au Patrimoine historique et artistique national.  Bien que la cité ait été au XIXe siècle  une importante plaque tournante du trafic d’esclaves  interrégional, les sites évocateurs de ce passé esclavagiste, pourtant bien présents dans l’espace urbain, ne sont pas vraiment mis en évidence. C’est précisément ce que nous nous proposons de faire dans cette communication.

Luana Teixeira

Doctorante en histoire, Université Fédérale du Pernambouc (UFPE), Recife

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Le cinéma comme lieu de mémoire.

Hélène Charlery

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Malunguinho : un esclave marron vénéré dans le culte de la Jurema (Pernambouc, Brésil).

Dans les années 1820, la présence de communautés marrons (quilombos) dans les forêts aux environs de Recife et Olinda préoccupe le gouvernement provincial. Ces marrons, redoutés par les propriétaires, bénéficiaient souvent du soutien des populations pauvres, elles-mêmes issues de l’esclavage et qui étaient établies dans les forêts du Nord.

En 1827, leur chef Malunguinho fut identifié. En réalité, il existait d’autres dirigeants marrrons mais seul celui-ci en vint à les incarner tous. Aujourd’hui encore, de nombreuses communautés religieuses, à Recife et dans les environs, vénèrent Malunguinho comme une des divinités les plus puissantes du culte de la Jurema. A sa manière, ce culte nous parle aussi de la mémoire des esclaves.

Marcus J. M. de Carvalho

Professeur en histoire, Université Fédérale du Pernambouc (UFPE), Recife

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La casa-templo d’Elegguá Alagbara : la mémoire de l’esclavage à travers l’ethnographie du culte des Orichas (Cuba).

En 1861, l’esclave Ta Jorge fonde dans la plantation d’Álava, aujourd’hui central Méjico (Matanzas, Cuba), un culte dédié à une divinité africaine : l’Oricha Elegguá Alagbara (Zulueta Villegas, 2013). Cette tradition locale se construit autour de trois reliques qui ont la réputation d’avoir été apportées directement d’Afrique par Ta Jorge. De nos jours, ses descendants ont toujours la charge de ce culte local. Pourtant cette tradition a été modifiée, entre la fin du XIXe et tout au long du XXe, pour s’inclure dans la santería moderne qui s’est systématisée dans les grands pôles urbains. Grâce à l’ethnographie de la maison de culte d’Elegguá Alagbara, il est possible de déterminer la nature, la fonction mais aussi les limites de la mémoire de l’esclavage au sein de cette tradition. Mémoire double car il s’agit, d’un côté, d’une mémoire collective et discursive qui permet la création d’une « lignée de croyants » (Hervieu-Léger, 1993). De l’autre se trouve une mémoire incorporée, faite de gestes et de pratiques, qui donne à voir la structure socio-raciale du système esclavagiste et, peut-être, une infrapolitique des esclaves (Scott, 1992).

Maxime Toutain

Doctorant en anthropologie, Université Toulouse-Jean Jaurès

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