Panel 3

Esclavages niés, esclavages enseignés

Expériences de Noirs sur la terre des « Morenos » et des « Galegos ».

Dans l’écriture de l’histoire du Ceará (Brésil) le Noir, a été occulté dans sa dimension socio-culturelle. Le présent article se propose d’analyser le changement de regard intervenu en cherchant à comprendre l’évolution de l’espace social des afro-descendants dans le processus historique du Ceará, preuve que cette histoire peut s’écrire autrement.

Eurípedes Antonio Funes

Professeur en histoire, Université Fédérale du Ceará (UFC), Fortaleza

***

« Résister » à l’esclavage dans le monde atlantique français: histoire et mémoire, vus de France.

Que sait-on de l’historiographie (et de ses métamorphoses à travers le temps) des résistances à l’esclavage dans le monde atlantique français? Peu de choses à bien y regarder. À en croire un livre récent (Libres et sans fers), les historiens des résistances à l’esclavage (par les esclaves eux-mêmes) dans le monde esclavagiste français se rangeraient dans deux camps: celui consistant à représenter les esclaves comme des résistants permanents, et celui qui insisteraient plutôt sur l’impossibilité des esclaves à s’opposer à la force tyrannique du maître. Cette vision des choses mérite d’être nuancée. Ma communication sera construite autour des grands tournants qui ont construit l’historiographie méconnue et trop souvent caricaturée des résistances à l’esclavage dans les sociétés esclavagistes sous domination française. Cette historiographie se caractérise par son insularité (chaque colonie est étudiée, généralement, isolément), par l’absence de certaines sources, pourtant omniprésentes dans d’autres historiographies nationales (les annonces pour esclaves en fuite par exemple) et par une tendance à la non prise en compte des auteurs du passé (dans les domaines de l’histoire ou de la littérature), que l’on choisit d’oublier au profit de représentations historiographiques répondant d’abord et avant tout à des positions mémorielles contemporaines.

Jean-Pierre Le Glaunec

Professeur en histoire, Université de Sherbrooke

***

Quelques réflexions sur l’enseignement en France de l’histoire des traites, des esclavages et de leurs abolitions.  

Après l’adoption le 21 mai 2001 de la loi dite Taubira[1], portant reconnaissance de la traite négrière transatlantique, de la traite dans l’Océan indien et de l’esclavage comme crime contre l’humanité, qui stipule que « les programmes scolaires […] accorderont à la traite négrière et à l’esclavage la place conséquente qu’ils méritent », les prescriptions scolaires ont  été modifiées. Les programmes scolaires successifs depuis 2001 ont globalement accordé une place plus importante à l’enseignement des traites, des esclavages et de leurs abolitions. Toutefois, la place de cet enseignement  demeure « fragile »,  parce que les enseignants (notamment dans le Primaire) qui n’ont guère reçu de formation sur ces pages d’histoire lors de leurs études,  sont souvent démunis.

Les cours d’histoire ne devraient plus reproduire la transmission du  « mythe national » tel qu’il a été conçu par les historiens et les pédagogues du 19ème siècle[2]. Une réflexion critique sur les objectifs de l’enseignement de l’histoire amène à nous interroger sur la pertinence du « panthéon scolaire » et sur le choix  des repères tant chronologiques que spatiaux à transmettre à nos élèves. Peut-on, par exemple, continuer à enseigner l’histoire du règne de Louis XIV en ignorant le « Code Noir » de 1685 ou l’histoire du Premier Empire en oubliant l’expédition Leclerc à Saint-Domingue et le rétablissement de l’esclavage à la Guadeloupe ?

Donner sens à cette histoire qui est un fait majeur non seulement pour comprendre l’histoire nationale, mais aussi l’histoire de l’Europe, de l’Afrique et des Amériques, suppose une réflexion historique et pédagogique qui permette d’en finir avec l’européocentrisme.

Outre le nécessaire « état des lieux » sur le cadre institutionnel et sur les outils pédagogiques mis à la disposition des enseignants, travailler sur l’enseignement de l’histoire des traites négrières, de l’esclavage colonial et des abolitions amène à s’interroger sur la production historiographique et sa nécessaire articulation avec  les finalités de l’histoire scolaire ainsi que sur les questions spécifiques que posent aux pédagogues l’enseignement de cette « question socialement vive ».

NB Cette communication prend en compte :

  • les actes (à paraître) du colloque  international : « enseigner les traites, les esclavages, leurs abolitions et leurs héritages » (Paris, 18, 19 et 20 mai 2011).
  • un article coécrit avec Marie-Albane de Suremain : « Enseigner l’histoire des traites, des esclavages et de leurs abolitions, mutations et ambiguïtés sensibles dans une discipline scolaire», Diaspora n° 21 (pp. 211-228), février 2013.

[1] Loi n° 2001-434 du 21 mai 2001 tendant à la reconnaissance de la traite et de l’esclavage en tant que crime contre l’humanité.

[2]  Le « débat » sur les finalités de l’enseignement de l’histoire revient régulièrement dans l’espace public. Il a été relancé par l’introduction dans le programme de la classe de 5ème de l’étude de l’histoire africaine entre le VIIIe et le XVIe siècle. Le Figaro, notamment s’est fait le porte-parole de cette « réaction identitaire ». Cf. « Vague brune sur l’histoire de France » http://aggiornamento.hypotheses.org/898

Eric Mesnard

professeur agrégé d’histoire et de géographie à l’école supérieure de l’enseignement et de l’éducation de l’Académie de Créteil  – UPEC. Auteur avec Catherine Coquery-Vidrovitch d’Être Esclave Afrique-Amériques (XVème-XIXème siècles), La Découverte, 2013

***

De “l’histoire et de la culture afro-brésilienne et africaine” à la mémoire de l’esclavage : méandres de l’application de la loi 10639/2003.

Cette présentation vise à historiciser l’enseignement de l’Histoire de l’Afrique au Brésil, depuis l’entrée en application de la loi 10639/03 (2003-2016). Nous entendons instaurer un dialogue entre le  savoir et la  pratique professorale des historiens de l’Université Fédérale du Ceará et le contexte national brésilien, de manière à dresser un bilan, au terme de 13 ans, des conditions, du sens, des limites, des défis et des attentes qui semblent caractériser la situation actuelle de l’enseignement pratique de l’histoire de l’Afrique. Il s’agira en particulier de prendre la mesure de la capacité de l’éducation à promouvoir une nouvelle perception  de la société brésilienne  et de sa relation avec le continent africain.

Franck Ribard

Professeur en histoire, Université Fédérale du Ceará (UFC), Fortaleza.

Publicités