Panel 5

Les lieux de mémoire

Saint Nazaire : un mémorial sans mémoire.

 Le 13 novembre 1991, la ville de Saint Nazaire inaugurait le premier mémorial français consacré à  l’esclavage. Cette œuvre de grande ampleur, réalisée par le plasticien réunionnais Jean-Claude Mayo, est intitulée « l’abolition de l’esclavage ». Symboliquement, elle est localisée à l’emplacement de l’ancien embarcadère du quai de Kribi, dans cet estuaire de la Loire qui avait vu passer des milliers de navires négriers en provenance de Nantes et en partance vers l’Afrique.

Pourtant, en dépit de cette antériorité, écrasé sans doute par la forte mémoire ouvrière de la ville et celle des deux guerres mondiales et insuffisamment porté par la volonté des autorités municipales, le monument Mayo n’est jamais parvenu à se transformer en un véritable espace.

Richard Marin

Professeur émérite en histoire, Université Toulouse-Jean Jaurès

Valérie Robin-Azevedo

Professeure en anthropologie, Université Paris-Descartes

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Le Mémorial Acte de Guadeloupe : réconcilier les mémoires, occulter l’histoire ?

Inauguré par le Président de la République en 2015, le Mémorial Acte s’impose dans le paysage guadeloupéen comme le centre caribéen d’expression de la traite et des esclavages, et non pas comme un musée. Il ambitionne pourtant de retracer l’histoire de la traite et de l’esclavage et de réconcilier les différentes mémoires. Il insiste aussi sur le fait que les populations serviles du nouveau monde ont pu construire des sociétés, des cultures, des religions, des mouvements politiques, des œuvres scientifiques et artistiques, dans un geste de résilience. Ce faisant, le souci de réconciliation et révolution mémorielle semble préférer occulter, dans les expositions, la dimension politique et sociale de l’esclavage, les atrocités commises durant des siècles, et le quotidien douloureux des esclaves caribéens, pour souligner au contraire la fierté de peuples combattants, fiers et insoumis. « On n’est pas à Auschwitz ici ! », leitmotiv de ses responsables, résume cette posture paradoxale visant à occulter ou minimiser le poids de la souffrance et de l’histoire, pour valoriser la fierté de la résilience créole créatrice et des mémoires pacifiées.

Stéphanie Mulot

Professeure en sociologie et anthropologie, Université Toulouse Jean Jaurès

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Discours croisés, mémoires partagées ? la plantation Whitney (Wallace, Louisiane).

A l’automne 2014, John Cummings, un riche avocat blanc de la Nouvelle-Orléans ouvrait le premier musée entièrement dédié à la mémoire de l’esclavage en Louisiane. Cette ouverture a défrayé la chronique en Louisiane comme dans le pays tout entier. Les historiens locaux et les autorités se sont pressés à son inauguration et ont produit de très nombreux commentaires sur l’entreprise. John Cummings lui-même s’est exprimé dans la presse, lors d’interviews, dans des blogs. Des articles sont parus dans la presse nationale (New York Times et Washington Post), déclenchant des centaines de commentaires en ligne de la part des lecteurs, parfois en dialogue avec John Cummings qui répondait fidèlement dans les blogs.

L’objet de cette communication est de croiser les commentaires différents (souvent opposés et conflictuels)  afin d’appréhender la façon dont les différents groupes appréhendent une même mémoire et négocient sa mémorialisation.

Nathalie Dessens

Professeure, Université Toulouse Jean Jaurès